Vermine vs Shabtis

Vous voulez entendre parler du Royaume des morts, dites-vous. Avez-vous déjà entendu parler de ces statues qui marchent, hautes de deux toises, qui balancent des armes plus grosses qu’un homme ? Je me disais bien que non.

Je combattais pour l’Empire, avant, mais la Vermine m’a capturé. Les rats ont fait de moi leur esclave, me faisant trimer dans le noir jusqu’à l’éreintement, jusqu’au beau jour où ils nous ont rassemblés pour une expédition dans le désert. Nous avions tous entendu les histoires sur ce pays, mais on ne discute pas avec un rat qui porte un fouet.

Y en a qui disent que les rats sont des lâches. Ils ont sans doute raison. Mais il faut dire que ces rats sont vraiment doués pour sauver leur peau : la plupart d’entre eux auront déjà pris la fuite avant qu’un humain n’ait fini de se souiller la culotte. Nous étions à environ trois jours de marche lorsque tout à coup, on a vu les rats commencer à s’agiter. Il y avait une grosse tempête de sable qui venait, ils le sentaient dans leurs moustaches. Le contremaître a crié quelque chose dans leur immonde langage ; l’instant d’après, ils étaient tous en train de se presser pour se cacher dans une faille dans la falaise en nous laissant derrière. On est parvenus à s’abriter, nous aussi, mais c’était moins une.

Ce n’était pas une simple grotte, en fait. C’était une tombe. À la lueur verte des lampes des rats, nous avons vu que les murs étaient couverts d’inscriptions – des glyphes – et puis il y avait ces statues, énormes, qui nous encerclaient. Le sol autour d’eux était couvert de pots et de boîtes – des trucs importants, j’imagine. Et les rats se sont arrêtés nets, l’air de nouveau tout nerveux. Et paf ! Voilà le contremaître qui s’envole à travers la chambre, planté d’une flèche aussi longue qu’une lance.

Les statues bougeaient. Il y en avait quatre qui ont fermé la sortie, chacune avec une tête d’animal : un taureau, un crocodile, un aigle et un renard. C’était difficile de bien discerner leurs mouvements dans la lumière tremblotante de ces fichues lampes, mais ils avaient des arcs géants, plus grands que moi. Les rats ont sorti leurs pistolets et ont commencé à riposter, mais ça ne leur a rien fait. Derrière nous, les autres statues commençaient à s’animer aussi. Il y en avait une juste à côté de moi. Celle-là faisait au moins quinze pieds de haut, toute en pierre et en os, avec une lame encore plus grande que les arcs que tenaient les autres. Je n’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie.

Après ça, difficile de me souvenir de quoi que ce soit. Les chevaux que les rats avaient volés se sont mis à brailler, pendant que le monstre s’avançait en claquant des mâchoires, un horrible bruit de mort. Voyant les rats fuir à nouveau, j’ai attrapé le cheval le plus proche, j’ai fait signe à mon ami Lora d’en faire de même, et nous sommes partis de cette grotte au grand galop, en plein dans la tempête de sable. Je n’ai pas regardé derrière moi, à aucun moment.