Comment ne peuvent-ils voir ? Les Dieux, l’Homme chétif, les luttes des Nations insignifiantes ! Rien que des enfants se chamaillant face à la marée qui accourt pour tous les noyer ! Comment peuvent-ils être si aveugles ? Insoucieux de la guerre qui fait rage tout autour d’eux, de la Croisade éternelle dont les combats commencèrent dès l’Aube des temps, lorsque le chiffon de la mortalité s’arracha pour la première fois, ensanglanté, de l’utérus, et hurla pour attirer l’attention d’un Cosmos indifférent ! Ne le perçoivent-ils pas dans les germes les plus vils qui entachent leurs récoltes, dans les essaims de vermine en chaleur qui se tortillent dans leurs égouts, dans leur propre chair, dans leur propre moelle ? Ce miracle, ce nœud de réalité, qui se dresse seul en travers des vastes flots du Chaos rampant ! Car qui retient le pivot de l’existence, chancelant au bord du néant de l’effacement des formes et de l’auto-ablation ? Nul dieu, nul autre esprit éthéré, mais la Vie, la Vie ! Seule dans tout l’univers, se renouvelant constamment, mutant éternellement, se cramponnant à la moindre anfractuosité, la prise la plus infime, dans la froideur infinie des ténèbres ! Si seulement ils pouvaient voir !